Constructeur défaillant : que se passe-t-il pour votre chantier ?
Le chantier est à l’arrêt depuis des semaines, le conducteur de travaux ne répond plus, et vous apprenez que votre constructeur est en redressement ou en liquidation judiciaire. C’est la situation que redoutent tous ceux qui font construire. En CCMI, la loi a prévu une protection spécifique : la garantie de livraison. Encore faut il la mettre en œuvre correctement et rapidement. Voici les étapes à suivre.
Défaillance
En cas d’arrêt du chantier ou de défaillance du constructeur, agissez dans cet ordre : constater l’arrêt et documenter l’état du chantier, mettre le constructeur en demeure par lettre recommandée, informer le garant de livraison, suspendre tout paiement au constructeur, déclarer votre créance au mandataire judiciaire en cas de procédure collective, puis suivre la reprise organisée par le garant. Un état des lieux technique avant la reprise est essentiel.
Ce guide décrit les étapes générales. Une procédure collective obéit à des règles et des délais stricts : faites vous conseiller par un professionnel du droit dès que vous en avez connaissance.
Reconnaître une défaillance
Une défaillance ne s’annonce pas toujours clairement. Les signes à surveiller sont un chantier qui ralentit puis s’arrête, des sous traitants qui quittent le site ou réclament leur paiement, des livraisons de matériaux qui n’arrivent plus, un interlocuteur qui change souvent ou ne répond plus, des demandes de paiement anticipé ou en dehors de l’échéancier.
La défaillance peut aussi être juridique : ouverture d’une procédure de sauvegarde, de redressement ou de liquidation judiciaire, publiée au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales. Vous pouvez vérifier la situation de l’entreprise à partir de son numéro d’immatriculation sur les sites officiels d’information sur les entreprises.
Documenter l’état du chantier
Dès que le chantier s’arrête, documentez la situation : photos datées de l’ensemble des ouvrages, relevé des matériaux présents, état des protections, éventuels dommages. Si l’arrêt se prolonge, un constat par commissaire de justice fixe la date et l’état du chantier de façon incontestable.
Un rapport d’expert décrit en plus l’état technique des ouvrages : ce qui est réalisé, ce qui est conforme, ce qui doit être repris, ce qui s’est dégradé pendant l’arrêt. Ce document sera précieux lors de la reprise, pour éviter que les défauts de la première entreprise soient ensuite discutés.
Le premier acte formel
Adressez au constructeur une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception. Rappelez les obligations du contrat, constatez l’arrêt ou le retard, et fixez un délai pour reprendre les travaux. Cette lettre fait courir les délais et constitue une pièce indispensable du dossier.
Même si vous pensez que le constructeur ne répondra pas, cette étape est importante : elle établit la défaillance et permet ensuite de solliciter le garant. Notre article sur le retard de chantier rappelle également le calcul des pénalités.
Conservez une copie de chaque courrier envoyé et l’accusé de réception correspondant.

Mobiliser la garantie de livraison
Informez le garant de livraison par lettre recommandée, en joignant le contrat, l’attestation de garantie, la mise en demeure et les preuves de l’arrêt. Ses coordonnées figurent sur l’attestation remise avant l’ouverture du chantier. Le garant met à son tour le constructeur en demeure et, à défaut d’exécution, prend en charge l’achèvement.
En cas de défaillance, le garant désigne sous sa responsabilité la personne qui terminera les travaux. Il supporte les surcoûts au delà de la franchise prévue, qui ne peut dépasser 5 % du prix, ainsi que les pénalités de retard au delà de trente jours. Notre article sur la garantie de livraison détaille sa couverture.
Ne plus rien verser au constructeur
Dès la défaillance constatée, ne versez plus rien au constructeur et ne signez plus aucun appel de fonds. Prévenez votre banque, qui suspendra les déblocages. Les sommes restant dues serviront à financer l’achèvement, selon les modalités définies avec le garant, qui peut percevoir directement les sommes correspondant aux travaux qu’il fait effectuer.
Ne payez pas non plus directement les sous traitants qui vous solliciteraient : ils n’ont pas de lien contractuel avec vous, et un paiement direct pourrait ne pas être pris en compte. Orientez les vers le constructeur ou le mandataire judiciaire.
Déclarer sa créance
Si le constructeur fait l’objet d’une procédure collective, un mandataire judiciaire est désigné. Les créanciers doivent déclarer leurs créances auprès de lui dans un délai de deux mois à compter de la publication du jugement d’ouverture au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales. Pour le maître d’ouvrage, la créance peut porter sur les pénalités de retard, les sommes versées sans contrepartie ou d’autres préjudices.
En redressement judiciaire, l’administrateur peut décider de poursuivre le contrat. Dans tous les cas, la garantie de livraison reste mobilisable. Faites vous accompagner par un professionnel du droit pour la déclaration de créance et le suivi de la procédure.

Un nouvel intervenant sur le chantier
L’entreprise désignée par le garant reprend le chantier en l’état. Avant son intervention, un état des lieux contradictoire est essentiel : il fixe ce qui a été réalisé, les défauts éventuels et les dégradations liées à l’arrêt. Sans ce document, il sera difficile de savoir, plus tard, qui est responsable d’un désordre.
Un chantier arrêté longtemps peut avoir souffert : fers à béton corrodés, maçonneries exposées à la pluie, matériaux dégradés, isolants mouillés. Ces points doivent être identifiés et traités avant la poursuite. Notre suivi de construction peut reprendre à ce stade, avec une visite d’état des lieux puis les contrôles des étapes restantes.
Les garanties restent dues
Une fois la maison achevée, la réception se déroule normalement. Les garanties légales s’appliquent ensuite, selon les entreprises qui ont réalisé chaque partie des travaux et leurs assureurs. L’assurance dommages ouvrage conserve tout son intérêt dans cette situation : elle préfinance les réparations des désordres graves sans attendre l’issue des recours contre des entreprises parfois disparues. Notre article sur l’assurance dommages ouvrage explique son fonctionnement.
Limiter le risque dès la signature
Le risque de défaillance ne peut jamais être exclu, mais il peut être limité. Avant de signer, renseignez vous sur l’ancienneté du constructeur, ses comptes publiés lorsqu’ils sont disponibles, ses références de maisons livrées dans votre secteur. Vérifiez que le contrat est bien un CCMI, avec garantie de livraison, et non un simple marché de travaux. Notre article sur le choix d’un constructeur détaille ces vérifications.
Pendant le chantier, respectez scrupuleusement l’échéancier légal : un paiement anticipé augmente votre exposition. Gardez une vision régulière de l’avancement grâce à vos visites et aux rapports d’expert. Enfin, conservez dans un même dossier le contrat, la notice, les plans, les attestations de garantie et d’assurance, les appels de fonds et leurs justificatifs de paiement. En cas de difficulté, ce dossier vous fera gagner un temps précieux auprès du garant, du mandataire et de votre conseil.
Les étapes à suivre
Documenter l’arrêt du chantier ; mettre en demeure le constructeur ; informer le garant de livraison avec les pièces ; suspendre tous les paiements ; déclarer sa créance dans les deux mois en cas de procédure collective ; faire réaliser un état des lieux technique avant la reprise ; suivre l’achèvement et préparer la réception. Plus la réaction est rapide, plus la reprise est simple.
Un état des lieux technique avant la reprise
Nos experts décrivent l’état exact du chantier arrêté, puis contrôlent les étapes restantes jusqu’à la réception. Conditions détaillées sur notre page tarifs.
FAQ, la défaillance du constructeur
Que faire si mon constructeur fait faillite ?
Mettre le constructeur en demeure, informer le garant de livraison, suspendre les paiements et déclarer votre créance au mandataire judiciaire.
Qui termine la maison en cas de faillite ?
La personne désignée par le garant de livraison, sous sa responsabilité.
Vais je payer plus cher ?
Le garant supporte les surcoûts au delà d’une franchise qui ne peut dépasser 5 % du prix convenu.
Dois je continuer à payer le constructeur ?
Non. Suspendez tout paiement et prévenez votre banque.
Quel est le délai pour déclarer ma créance ?
Deux mois à compter de la publication du jugement d’ouverture au BODACC.
Puis je payer directement les sous traitants ?
C’est déconseillé. Ils n’ont pas de lien contractuel avec vous.
Pourquoi faire un état des lieux avant la reprise ?
Pour fixer ce qui a été réalisé, les défauts et les dégradations, et éviter les contestations ultérieures.
Les garanties après réception s’appliquent elles ?
Oui, et l’assurance dommages ouvrage préfinance les réparations des désordres graves.
Votre chantier est à l’arrêt ?
Faites établir un état des lieux technique : devis immédiat en ligne, ou conseil au 0 805 69 09 69 (appel gratuit), du lundi au vendredi de 9h à 19h.
Sources
- Code de la construction et de l’habitation, article L231-6 (garantie de livraison), legifrance.gouv.fr
- Code de commerce, articles L622-24 et R622-24 (déclaration des créances), legifrance.gouv.fr
- Code des assurances, article L242-1 (assurance dommages ouvrage), legifrance.gouv.fr
- Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales, bodacc.fr
















